Mohamed Mbougar Sarr a reçu, ce mercredi 3 novembre 2021, le prix Goncourt 2021 pour son roman La Plus secrète mémoire des hommes, paru aux éditions Philippe Rey. Il succède ainsi à Hervé Le Tellier, lauréat de l’édition précédente, récompensé pour son livre L’anomalie et devient le premier écrivain d’Afrique subsaharienne à être consacré par ce prix. Il est aussi un des plus jeunes lauréats.


Prix Goncourt 2021 pour Mohamed Mbougar Sarr


Prix Goncourt 2021 pour Mohamed Mbougar Sarr et son roman « La Plus Secrète Mémoire des hommes »Le prix Goncourt 2021 pour Mohamed Mbougar Sarr et son roman « La Plus Secrète Mémoire des hommes ». D'une perpétuelle inventivité, La plus secrète mémoire des hommes est un roman étourdissant, dominé par l'exigence du choix entre l'écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d'amour à la littérature et à son pouvoir intemporel.

“Il faut avoir toujours conscience que l’essentiel du travail de l’écriture se joue ailleurs. Cet ailleurs-là est très différent des prix littéraires. Il y a la vie littéraire, il y a la littérature, il y a les livres, et il y a les prix littéraires.”

Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021, pour son roman "La plus secrète mémoire des hommes" coédité par Philippe Rey et et Jimsaan, est l'invité de Léa Salamé le 4 novembre 2021


« Je suis évidemment très heureux, très honoré. Je crois qu’aujourd’hui, l’Académie Goncourt envoie un signal très fort à beaucoup de gens : d’abord au milieu littéraire français, mais aussi à tous les milieux littéraires de l’espace francophone. Je ne voudrais pas du tout qu’on pensât que cette récompense relève d’un régime d’exceptionnalité. Ce n’est pas une faveur qu’on fait à un auteur africain. Ce n’est pas parce qu’il est africain qu’il l’a eu. J’espère vraiment que c’est parce que, d’abord, il y a un livre à la base de tout cela. Evidemment, je n’ignore pas les questions politiques qu’il peut y avoir derrière une récompense semblable. Je remercie vraiment le jury d’avoir eu ce geste. Ce qui est intéressant, c’est qu’à partir de l’espace littéraire, on peut penser des questions plus politiques liées à l’espace francophone de façon plus générale, au sein duquel figurent la France, le Sénégal, Haïti… Une fois que j’ai dit tout cela, c’est d’abord de littérature dont il s’agit ici. »


Mohamed Mbougar Sarr



Mise à jour le dimanche 28 novembre 2021 à 13h20

Edmond de Goncourt, créateur du prixLe prix Goncourt est un prix littéraire français récompensant des auteurs d'expression française, créé par le testament d'Edmond de Goncourt en 1892.
La Société littéraire des Goncourt, dite Académie Goncourt, est officiellement fondée en 1902 et le premier prix Goncourt proclamé le 21 décembre 1903.

Prix Goncourt 2021


Le prix Goncourt, créé pour récompenser chaque année « le meilleur ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année » est attribué presque exclusivement à un roman.

Le prix annuel est décerné au début du mois de novembre par l'Académie Goncourt, après trois présélections successives, en septembre et en octobre, parmi les romans publiés dans l'année en cours. Il s'agit du plus ancien et de l'un des plus prestigieux prix littéraires français.

Depuis 1926, le prix Goncourt est indissociable du prix Renaudot, créé cette année-là par dix critiques littéraires qui attendaient la proclamation faite par le président de l'Académie Goncourt. Sans lui être organiquement lié, le jury du Renaudot joue le rôle de complément naturel du jury du Goncourt, ce rôle étant accentué par l'annonce du résultat, qui intervient simultanément et dans le même cadre.

En outre, en marge du prix Goncourt, l'académie décerne les prix Goncourt de la poésie (qui a pris en 2012 le nom de « prix Goncourt de la poésie Robert Sabatier »), de la nouvelle, de la biographie (devenu « prix Goncourt de la Biographie Edmonde Charles-Roux » en hommage à la présidente de l'Académie, après son décès) et du premier roman.

Pour le Goncourt des lycéens, qui sera remis le 25 novembre, Sorj Chalandon et Davip Diop ne figurent pas sur la liste puisqu'ils ont déjà remporté ce prix.

La première sélection du Goncourt 2021


Les romans de Christine Angot, Sorj Chalandon et David Diop sont dans la première sélection du prix Goncourt 2021. L'académie Goncourt a dévoilé mardi 7 septembre 2021 une première liste de 16 romans en lice pour la récompense la plus convoitée de la saison.

L'académie Goncourt décernera son prix le 3 novembre, après avoir resserré sa sélection à deux reprises, les 5 et 26 octobre 2021.

La première sélection du prix Goncourt 2021 :

    - Christine Angot Le Voyage dans l'Est (Flammarion)
    « J’ai fait comme s’il ne se passait rien. Je regardais le paysage devant moi. Les essuie-glaces couchés au bas de la vitre. La main allait et venait sur ma cuisse. Elle s’est déplacée vers le haut. J’ai été consciente de sa position à tout moment. Mon attitude était celle de quelqu’un qui n’a rien de particulier à dire. Mon état intérieur, à l’opposé. Il aurait mérité d’être exprimé si je m’en étais sentie capable. Je dissimulais mon incapacité par un comportement sans histoire. Sachant que je ne saurais pas quoi dire si la limite était dépassée. Mon esprit était occupé à raisonner. Il n’était pas vide. Je surveillais. C’était une surveillance de tous les instants. Proche. Serrée sur le mouvement. Même d’un doigt sur le tissu de mon pantalon. Je surveillais, je surveillais, je surveillais. Ça risquait d’être inutile. Je le savais. Si la limite, que je pouvais faire semblant de supporter, était dépassée, j’avais conscience que j’aurais peut-être à en supporter plus. Mon raisonnement se bloquait avant. Je n’allais pas jusque-là. Je continuais d’interpréter les passages de main comme anodins, et de m’accrocher à leur innocence. »



    - Anne Berest, La Carte postale (Grasset)
    C'était en janvier 2003. Dans notre boîte aux lettres, au milieu des traditionnelles cartes de vœux, se trouvait une carte postale étrange. Elle n’était pas signée, l’auteur avait voulu rester anonyme. L’Opéra Garnier d’un côté, et de l’autre, les prénoms des grands-parents de ma mère, de sa tante et son oncle, morts à Auschwitz en 1942. Vingt ans plus tard, j’ai décidé de savoir qui nous avait envoyé cette carte postale. J’ai mené l’enquête, avec l’aide de ma mère. En explorant toutes les hypothèses qui s’ouvraient à moi. Avec l’aide d’un détective privé, d’un criminologue, j’ai interrogé les habitants du village où ma famille a été arrêtée, j’ai remué ciel et terre. Et j’y suis arrivée. Cette enquête m’a menée cent ans en arrière. J’ai retracé le destin romanesque des Rabinovitch, leur fuite de Russie, leur voyage en Lettonie puis en Palestine. Et enfin, leur arrivée à Paris, avec la guerre et son désastre. J’ai essayé de comprendre comment ma grand-mère Myriam fut la seule qui échappa à la déportation. Et éclaircir les mystères qui entouraient ses deux mariages. J’ai dû m’imprégner de l’histoire de mes ancêtres, comme je l’avais fait avec ma sœur Claire pour mon livre précédent, Gabriële. Ce livre est à la fois une enquête, le roman de mes ancêtres, et une quête initiatique sur la signification du mot « juif » dans une vie laïque.



    - Sorj Chalandon, Enfant de salaud (Grasset)
    Depuis l’enfance, une question torture le narrateur : - Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
    Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
    Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! »
    En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un « collabo », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
    Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un « Lacombe Lucien » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.

    En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière. Mais aussi son propre fils, devenu journaliste.
    Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public.
    Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges.
    Ce roman raconte ces guerres en parallèle.
    L’une rapportée par le journaliste, l’autre débusquée par l’enfant de salaud.



    - Louis-Philippe Dalembert, Milwaukee Blues (Sabine Wespieser)
    Depuis qu’il a composé le nine one one, le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, ne dort plus : ses cauchemars sont habités de visages noirs hurlant « Je ne peux plus respirer ». Jamais il n’aurait dû appeler le numéro d’urgence pour un billet de banque suspect. Mais il est trop tard, et les médias du monde entier ne cessent de lui rappeler la mort effroyable de son client de passage, étouffé par le genou d’un policier.

    Le meurtre de George Floyd en mai 2020 a inspiré à Louis-Philippe Dalembert l’écriture de cet ample et bouleversant roman. Mais c’est la vie de son héros, une figure imaginaire prénommée Emmett – comme Emmett Till, un adolescent assassiné par des racistes du Sud en 1955 –, qu’il va mettre en scène, la vie d’un gamin des ghettos noirs que son talent pour le football américain promettait à un riche avenir.

    Son ancienne institutrice et ses amis d’enfance se souviennent d’un bon petit élevé seul par une mère très pieuse, et qui filait droit, tout à sa passion pour le ballon ovale. Plus tard, son coach à l’université où il a obtenu une bourse, de même que sa fiancée de l’époque, sont frappés par le manque d’assurance de ce grand garçon timide, pourtant devenu la star du campus. Tout lui sourit, jusqu’à un accident qui l’immobilise quelques mois… Son coach, qui le traite comme un fils, lui conseille de redoubler, mais Emmett préfère tenter la Draft, la sélection par une franchise professionnelle. L’échec fait alors basculer son destin, et c’est un homme voué à collectionner les petits boulots, toujours harassé, qui des années plus tard reviendra dans sa ville natale, jusqu’au drame sur lequel s’ouvre le roman.

    La force de ce livre, c’est de brosser de façon poignante et tendre le portrait d’un homme ordinaire que sa mort terrifiante a sorti du lot. Avec la verve et l’humour qui lui sont coutumiers, l’écrivain nous le rend aimable et familier, tout en affirmant, par la voix de Ma Robinson, l’ex-gardienne de prison devenue pasteure, sa foi dans une humanité meilleure.



    - Agnès Desarthe, L'Éternel Fiancé (L'Olivier)
    A quoi ressemble une vie ?
    Pour la narratrice, à une déclaration d'amour entre deux enfants de quatre ans, pendant une classe de musique.

    Ou à leur rencontre en plein hiver, quarante ans plus tard, dans une rue de Paris.

    On pourrait aussi évoquer un rock'n'roll acrobatique, la mort d'une mère, une exposition d'art contemporain, un mariage pour rire, une journée d'été à la campagne ou la vie secrète d'un gigolo.

    Ces scènes - et bien d'autres encore - sont les images où viennent s'inscrire les moments d'une existence qui, sans eux, serait irrévocablement vouée à l'oubli.

    Car tout ce qui n'est pas écrit disparaît.

    Conjurer l'oubli : tel nous apparaît l'un des sens de ce roman animé d'une extraordinaire vitalité, alternant chutes et rebonds, effondrements et triomphes, mélancolie et exaltation.

    OEuvre majeure d'une romancière passionnée par l'invention des formes, L'Eternel Fiancé confirme son exceptionnel talent : celui d'une auteure qui a juré de nous émerveiller - et de nous inquiéter - en proposant à notre regard un monde en perpétuel désaccord.



    - David Diop, La Porte du voyage sans retour (Seuil)
    « La porte du voyage sans retour » est le surnom donné à l’île de Gorée, d’où sont partis des millions d’Africains au temps de la traite des Noirs.
    C’est dans ce qui est en 1750 une concession française qu’un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d’établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l’heure est aux Lumières. Lorsqu’il a vent de l’histoire d’une jeune Africaine promise à l’esclavage et qui serait parvenue à s’évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.

    S’inspirant de la figure de Michel Adanson, naturaliste français (1727-1806), David Diop signe un roman éblouissant, évocation puissante d’un royaume où la parole est reine, odyssée bouleversante de deux êtres qui ne cessent de se rejoindre, de s’aimer et de se perdre, transmission d’un héritage d’un père à sa fille, destinataire ultime des carnets qui relatent ce voyage caché.



    - Clara Dupont-Monod, S'adapter (Stock)
    C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées. Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.

    Comme dans un conte, les pierres de la cour témoignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aîné qui protège, de la cadette révoltée qui rejettera le chagrin pour sauver la famille à la dérive. Du dernier qui saura réconcilier les histoires.

    La naissance d'un enfant handicapé racontée par sa fratrie.

    Un livre magnifique et lumineux.



    - Elsa Fottorino, Parle tout bas (Mercure de France)
    « Je ne pouvais plus échapper à mon histoire, sa vérité que j'avais trop longtemps différée. J'avais attendu non pas le bon moment, mais que ce ne soit plus le moment. Peine perdue. La mienne était toujours là, silencieuse, sans aucune douleur, elle exigeait d'être dite. J'ai espéré un déclenchement involontaire qui viendrait de cette peur surmontée d'elle-même. La peur n'est pas partie mais les mots sont revenus. »

    En 2005, la narratrice a dix-neuf ans quand elle est victime d'un viol dans une forêt. Plainte, enquête, dépositions, interrogatoires : faute d'indices probants et de piste tangible, l'affaire est classée sans suite. Douze ans après les faits, à la faveur d'autres enquêtes, un suspect est identifié : cette fois, il y aura bien un procès. Depuis, la narratrice a continué à vivre et à aimer : elle est mère d'une petite fille et attend un deuxième enfant. Aujourd'hui, en se penchant sur son passé, elle comprend qu'elle tient enfin la possibilité de dépasser cette histoire et d'être en paix avec elle-même.
    Elsa Fottorino livre ici un roman sobre et bouleversant, intime et universel, qui dit sans fard le quotidien des victimes et la complexité de leurs sentiments.



    - Patrice Franceschi, S'il n'en reste qu'une (Grasset)
    « Dès le pas de la porte franchi, le souffle de la nuit me prit au visage. Le feuillage des arbres alentour bruissait comme un feu sous les rafales de vent. Des formes indistinctes se redressèrent. L’instant d’après, une colonne se forma sans qu’un seul mot soit prononcé ; je me trouvai derrière ce qui me sembla être une fille à la natte très longue… »

    Quelque part dans l’ancienne Mésopotamie, deux femmes poursuivent leur rêve de liberté – quel que soit le prix à payer. C’est le combat de toujours pour le droit de vivre, d’aimer, de partager, dans un monde tragique et sombre, où les hommes se forgent dans la violence et la haine. Elles s’appellent Tékochine et Gulistan et combattent dans un bataillon féminin kurde. Indissolublement liées par la guerre, ces deux sœurs d’armes poursuivent leurs chimères. Rien ne les sépare jusqu’à ce qu’un jour d’automne, dans les décombres d’une ville assiégée, elles choisissent une mort si inconcevable qu’elle frappe les esprits pour toujours.
    Leur histoire, devenue légendaire, nous est racontée par une étrangère venue d’Occident, qui découvre la lumière dans un paysage. Sa quête sur les traces de ces deux héroïnes l’entraîne si loin qu’elle s’achève en métamorphose…

    S’il n’en reste qu’une est l’histoire de ces trois femmes confrontées au destin et à ce qu’il peut y avoir d’incandescent dans la condition humaine.



    - Lilia Hassaine, Soleil amer (Gallimard)
    À la fin des années 50, dans la région des Aurès en Algérie, Naja élève seule ses trois filles depuis que son mari Saïd a été recruté pour travailler en France. Quelques années plus tard, devenu ouvrier spécialisé, il parvient à faire venir sa famille en région parisienne. Naja tombe enceinte, mais leurs conditions de vie ne permettent pas au couple d’envisager de garder l’enfant…

    Avec ce deuxième roman, Lilia Hassaine aborde la question de l’intégration des populations algériennes dans la société française entre le début des années soixante et la fin des années quatre-vingt. De l'âge d'or des cités HLM à leur abandon progressif, c'est une période charnière qu'elle dépeint d'un trait. Une histoire intense, portée par des personnages féminins flamboyants.



    - Philippe Jaenada, Au printemps des monstres (Mialet-Barrault)
    Ce n’est pas de la tarte à résumer, cette histoire. Il faut procéder calmement. C’est une histoire vraie, comme on dit. Un garçon de onze ans est enlevé à Paris un soir du printemps 1964. Luc Taron. (Si vous préférez la découvrir dans le livre, l’histoire, ne lisez pas la suite : stop !) On retrouve son corps le lendemain dans une forêt de banlieue. Il a été assassiné sans raison apparente. Pendant plus d’un mois, un enragé inonde les médias et la police de lettres de revendication démentes, signées « L’Étrangleur » ; il adresse même aux parents de l’enfant, horrifiés, des mots ignobles, diaboliques, cruels. Il est enfin arrêté. C’est un jeune homme banal, un infirmier. Il avoue le meurtre, il est incarcéré et mis à l’écart de la société pour le reste de sa vie. Fin de l’histoire. Mais bien sûr, si c’était aussi simple, je n’aurais pas passé quatre ans à écrire ce gros machin (je ne suis pas fou). Dans cette société naissante qui deviendra la nôtre, tout est trouble, tout est factice. Tout le monde truque, ment, triche. Sauf une femme, un point de lumière. Et ce qu’on savait se confirme : les pervers, les fous, les odieux, les monstres ne sont pas souvent ceux qu’on désigne.



    - François Noudelmann, Les Enfants de Cadillac (Gallimard)
    En 1911, fuyant les persécutions contre les Juifs en Lituanie, Chaïm, le grand-père du narrateur arrive en France. Afin d’obtenir la nationalité française, il s’engage dans l’armée et prend part à la Grande Guerre. Il est gravement blessé par une bombe chimique. Il passe vingt ans en hôpital psychiatrique, avant de mourir dans l’anonymat.
    En 1940, Albert, le père du narrateur, est fait prisonnier et dénoncé comme Juif. Lors de la libération des camps, il met plusieurs semaines à rejoindre la France à pied depuis la Pologne. Il risque plusieurs fois d’être exécuté par des soldats nazis en déroute ou des militaires russes avides.

    Dans ce premier roman époustouflant, François Noudelmann emporte le lecteur dans les tumultes des deux conflits mondiaux. Les destins de son grand-père et de son père sont de véritables épopées, à travers lesquelles l’auteur questionne son identité française.

    🖊 Prix Goncourt : Camille Laurens, membre du jury, soupçonnée de conflit d'intérêts, l'Académie dément.
    La romancière Camille Laurens a pour compagnon l'un des auteurs figurant dans la première sélection du prix, le philosophe François Noudelmann. « Ce qui nous intéresse, c'est l'œuvre et elle seule », assure Didier Decoin, le président de l'Académie Goncourt.

    Membre de l'Académie Goncourt depuis février 2020, l'écrivaine avait attiré les critiques après une violente chronique dans Le Monde des livres daté du 17 septembre 2021 de l'ouvrage « La Carte postale », d’Anne Berest qui est également dans la première sélection du Goncourt et qui aborde une thématique proche de celle de son compagnon : Notre feuilletoniste trouve beaucoup de mal à dire du nouveau roman d’Anne Berest, et peu de bien.

    Le président Didier Decoin n’a « pas aimé du tout, du tout », car à partir du moment où l’Académie avait fait son choix pour cette sélection, Camille Laurens devait « être solidaire» « Elle n’a pas à décréter tout à coup que ce livre est une nullité (...) Je n'ai pas apprécié du tout. Et nous en parlerons !»



    - Maria Pourchet, Feu (Fayard)
    Laure, prof d’Université, est mariée et mère de deux filles. De Véra, l’aînée, qui organise des mouvements d’insurrection au lycée, Laure envie l’incandescence et la rage. Elle qui, à 40 ans, regrette parfois d’être la somme de la patience et des compromis.
    Clément, célibataire, 50 ans, court le matin et parle à son chien le soir. Entre les deux il s’ennuie dans la finance, au sommet d’une tour vitrée.
    Laure monte sans passion des colloques en Histoire contemporaine. Clément anticipe les mouvements des marchés, déplorant que les crises n’arrivent jamais vraiment, que le pire ne soit qu’une promesse perpétuellement reconduite.
    De la vie, l’une attend la surprise. L’autre, toute capacité d’illusion anéantie, attend qu’elle finisse.
    Bref, il serait bon que leur arrive quelque chose.
    Ils vont être l’un pour l’autre un choc nécessaire.
    Saisis par la passion et ses menaces, ils tentent d’abord de se débarrasser l’un de l’autre en assouvissant le désir, naïvement convaincus qu’il se dompte. Nourrissant malgré eux un espoir qui les effraie et les consume, ils iront loin dans l’incendie.
    Dans l’ombre, quelque chose les surveille : la jeunesse sans nuance et sans pitié de Véra.



    - Abel Quentin, Le Voyant d'Étampes (L'Observatoire)
    « J'allais conjurer le sort, le mauvais oeil qui me collait le train depuis près de trente ans. Le Voyant d'Étampes serait ma renaissance et le premier jour de ma nouvelle vie. J'allais recaver une dernière fois, me refaire sur un registre plus confidentiel, mais moins dangereux. » Universitaire alcoolique et fraîchement retraité, Jean Roscoff se lance dans l'écriture d'un livre pour se remettre en selle : Le voyant d'Étampes, essai sur un poète américain méconnu qui se tua au volant dans l'Essonne, au début des années 60. A priori, pas de quoi déchaîner la critique. Mais si son sujet était piégé ? Abel Quentin raconte la chute d'un anti-héros romantique et cynique, à l'ère des réseaux sociaux et des dérives identitaires. Et dresse, avec un humour délicieusement acide, le portrait d'une génération.



    - Mohamed Mbougar Sarr, La Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey)
    En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938 : Le labyrinthe de l’inhumain. On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de « Rimbaud nègre », depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s’engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l’Argentine, quelle vérité l’attend au centre de ce labyrinthe ?

    Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l’accapare, Diégane, à Paris, fréquente un groupe de jeunes auteurs africains : tous s’observent, discutent, boivent, font beaucoup l’amour, et s’interrogent sur la nécessité de la création à partir de l’exil. Il va surtout s’attacher à deux femmes : la sulfureuse Siga, détentrice de secrets, et la fugace photojournaliste Aïda…

    D’une perpétuelle inventivité, La plus secrète mémoire des hommes est un roman étourdissant, dominé par l’exigence du choix entre l’écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d’amour à la littérature et à son pouvoir intemporel.



    - Tanguy Viel, La Fille qu'on appelle (Minuit)
    Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.




L'une des surprises de cette liste est l'absence du 30e roman d'Amélie Nothomb, Premier sang.

Quelle est la deuxième sélection 🕮 pour le prix Goncourt 2021 ?


Plus que neuf auteurs en lice pour le Goncourt 2021. Les membres de l'académie Goncourt ont révélé, mardi 5 octobre 2021, leur deuxième sélection. Les quatre finalistes seront annoncés le 26 octobre 2021. Les membres de l'académie Goncourt annoncent que ne pourront être retenus les ouvrages des conjoints, compagnons ou proches parents des membres du jury. Il appartient, le cas échéant, à l’académicien concerné d’informer la société de l’existence d’une telle proximité. C'est pourquoi, le nom de François Noudelman a automatiquement disparu de cette deuxième liste. les 10 jurés du prix Goncourt qui tiennent une rubrique littéraire dans un média s’abstiennent de chroniquer les ouvrages qui figurent dans la sélection aussi longtemps que ces ouvrages y figurent.



Les 9 ouvrages sélectionnés le 5 octobre 2021 :


Quelle est la dernière sélection 🕮 pour le Goncourt 2021 ?


Les 4 romans sélectionnés pour le prix Goncourt 2021 : Les membres de l'académie Goncourt ont dévoilé, mardi 26 octobre 2021, leur troisième liste composée de 4 titres.

  1. Le Voyage dans l'Est, de Christine Angot (Flammarion)
  2. Enfant de salaud, de Sorj Chalandon (Grasset)
  3. Milwaukee Blues, de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  4. La Plus secrète mémoire des hommes, de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)

Le nom du lauréat sera proclamé le 3 novembre 2021 chez Drouant.



Le prix Goncourt c'est quoi ?


Le prix Goncourt est un prix littéraire français récompensant des auteurs d'expression française, créé par le testament d'Edmond de Goncourt en 1892. La Société littéraire des Goncourt est officiellement fondée en 1902 et le premier prix Goncourt proclamé le 21 décembre 1903 .

Quel est le montant du prix Goncourt ?


Le Prix Goncourt est décerné chaque année au début du mois de novembre. Le montant de son prix est de 10 euros. Mais il est évident qu'il est d'un tout autre rapport financier, un tirage très important étant assuré au livre couronné par le Goncourt.

Quel est le prix Goncourt 2020 ?


Prix Goncourt 2020Le prix Goncourt 2020 a été décerné, lundi 30 novembre 2020 à Hervé Le Tellier pour L’Anomalie.
Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris - New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte. Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.


Déjà, si on m'avait dit que j'aurais le prix Goncourt ! Je ne pensais pas que c'était une possibilité à envisager... Mais il s'est trouvé une sorte d'alignement de planètes qui fait que les librairies ont rouvert, le Goncourt a été reporté, et donc il n'y a pas eu une ruée, mais il y a quand même beaucoup de gens qui se sont précipités dans les librairies dès leur réouverture.

Quels sont les membres actuels de l'Académie Goncourt ?


Les dix membres de l'Académie Goncourt, qui sont cooptés par les autres membres, sont désignés à vie. Ils ne perçoivent aucune rémunération ni aucun dédommagement, hormis le couvert qui leur est assuré chez Drouant. Chacun des académiciens se voit attribuer un couvert en vermeil gravé à son nom et est ainsi élu à un « couvert » déterminé. Depuis 2008, les membres sont :

Les 10 Académiciens :

  1. Didier Decoin, membre depuis 1995 et actuel président du jury, depuis 2019.
  2. Françoise Chandernagor, membre depuis 1995
  3. Tahar Ben Jelloun, depuis 2008
  4. Patrick Rambaud, depuis 2008
  5. Pierre Assouline, depuis 2012
  6. Philippe Claudel, depuis 2012
  7. Paule Constant, depuis 2013
  8. Éric-Emmanuel Schmitt depuis 2016
  9. Camille Laurens depuis 2020
  10. Pascal Bruckner depuis 2020

Académie GoncourtOutre le prestigieux prix Goncourt décerné début novembre, l'Académie attribue au printemps le prix Goncourt de la poésie « Robert Sabatier », le prix Goncourt du premier roman et prix Goncourt de la nouvelle.

En juin, elle proclame le prix Goncourt de la biographie « Edmonde Charles-Roux » remis en septembre à Nancy pendant la manifestation du Livre sur la Place.
Organisé par le ministère de l'Éducation nationale et de la Fnac, le prix Goncourt des lycéens est décerné à l'un des quinze romans de la première sélection du prix Goncourt qu'annoncent les Académiciens début septembre.

Académie Goncourt 1896 — L'Illustration, Domaine public - Les huit premiers membres de l'académie Goncourt : Alphonse Daudet, Gustave Geffroy, Paul Margueritte, Joris-Karl Huysmans, Léon Hennique, J.-H. Rosny aîné, J.-H. Rosny jeune et Octave Mirbeau. L'Illustration, 1er août 1896.



Qui est Edmond de Goncourt ?


Edmond de Goncourt, né à Nancy le 26 mai 1822 et mort à Champrosay (Essonne) le 16 juillet 1896 dans la maison d'Alphonse Daudet, est un écrivain français, fondateur de l'Académie Goncourt qui décerne chaque année le prix du même nom. Biographie d'Edmond de Goncourt

Les précédents Prix Goncourt


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